La chaleur gagne du terrain

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La chaleur gagne du terrain

Source: Le Journal de Montréal, Sunday August 5, 2012
Les « îlots de chaleur » se multiplient même au nord et en banlieue
La croissance du nombre d’îlots de chaleur urbains inquiète les autorités. Ces zones sans ombre ni verdure où le mercure grimpe au point de représenter une réelle menace pour la santé gagnent du terrain partout dans le monde, y compris au Québec.
La canicule européenne de l’été 2003 a fait 70 000 morts, dont 15 000 en France.

Ce lourd bilan, d’une ampleur exceptionnelle, a forcé les autorités du monde entier à prendre la chaleur au sérieux, croit Richard Fournier. « Il y a eu un éveil international. On s’est rendu compte que les milieux urbains sont devenus hostiles en période de canicule », explique le professeur en géomatique de l’Université de Sherbrooke.

Le nombre d’îlots de chaleur urbains est en nette croissance. Depuis un an, Environnement Canada surveille de près ces endroits asphaltés, sans arbre, sans ombre et sans verdure où les vents sont absents.

« Ces îlots de chaleur combinés à une canicule peuvent faire monter le thermomètre jusqu’à 36 ou 37 degrés et peuvent faire très mal. La chaleur s’accumule et la qualité de l’air en est affectée », explique Philippe Martin, agent de recherche en qualité de l’air pour Environnement Canada.

« Il peut y avoir une différence 12 ou 13 degrés entre un îlot de chaleur et une zone à l’ombre. Montréal et l’Outaouais sont plus sévèrement touchés, mais ça se réchauffe aussi vers le nord jusqu’en Abitibi et à la Baie-James », constate pour sa part Dr Pierre Gosselin, coordonnateur scientifique en santé climatique à l’Institut National de la santé publique.

Canyon urbain

À Montréal où les édifices créent un effet de « canyon urbain », on voit rapidement disparaître les espaces verts. En près de 15 ans, 20 % des zones boisées de la métropole ont disparues. Si rien n’est fait, d’ici 20 à 25 ans, elles seront complètement détruites affirme le géographe de l’UQAM Yves Baudouin, qui surveille de près les îlots de chaleur urbains.

« Il est clair que les zones de chaleur sont créées par la déforestation. Ça se vérifie également par nos mesures prises sur le terrain », affirme Jalal Khaldoune, géomaticien au Centre d’enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy.

Selon les experts interrogés, il est urgent de revoir le développement urbain de même que les projets immobiliers et commerciaux. Des images satellitaires démontrent que les niveaux de température grimpent là où sont situés des complexes commerciaux et de grandes artères.

« Malheureusement, les entrepreneurs au Québec rasent tout ce qui existe et plantent de petits chicots », déplore Piere Gosselin.

Chaleur et pauvreté

La chaleur accablante dégagée par les îlots de chaleur urbains fait augmenter le niveau de chaleur du corps, ce qui peut entraîner des malaises et même la mort.

« Malheureusement, on retrouve beaucoup de ces concentrations de chaleur dans les milieux défavorisés, chez les gens qui n’ont ni climatiseur, ni piscine, qui vivent dans des habitations où il y a peu d’ombre », souligne Dr Gosselin.

Au Québec, entre 2000 et 2010, le Bureau du coroner rapporte 16 décès dûs à la chaleur excessive.

Source: Le Journal de Montréal, Sunday August 5, 2012