Un PPU qui laisse un goût amer

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Sainte-Anne-de-Bellevue: un PPU qui laisse un goût amer

Ewan Sauves Publié le 1 Juin 2012, Cités Nouvelles

Lundi soir, le gymnase de l’école primaire du Bout-de-l’Isle était plein à craquer. Près de 300 citoyens de Sainte-Anne-de-Bellevue se sont réunis pour assister à la tant attendue consultation publique concernant le Programme particulier d’urbanisme (PPU) du quartier de l’Anse-à-l’Orme. Applaudissements unanimes, cris d’appuis, injures lancées aux élus… la consultation a été la scène d’un débat.

Depuis 2006, il est dans l’intention de la Ville de développer le secteur nord de son territoire. Un premier PPU a d’ailleurs été adopté cette année-là. Toutefois, le maire de Sainte-Anne-de-Bellevue, Francis Deroo, a rajouté plusieurs hectares à développer, ce qui force le comité exécutif à fournir un nouveau plan.

Le PPU, présenté aux citoyens lundi soir, propose plusieurs changements. Tout d’abord, le dézonage d’une aire non développée de 276 hectares à l’ouest du parc naturel l’Anse-à-l’Orme et au nord de l’autoroute 40, qui permettra la construction de maisons unifamiliales et de bâtiments résidentiels d’une densité de 30 logements par hectare. De telles constructions devraient attirer 4500 nouveaux résidents à Sainte-Anne-de-Bellevue. Ensuite, le PPU suggère l’aménagement d’espaces commerciaux, dont un localisé au bord du chemin Sainte-Marie. Finalement, en plus de prolonger plusieurs rues et chemins – Meloche, Grenier, Morgan, Sainte-Marie, etc. –, la création de huit parcs publics est dans les boîtes. À noter que l’école du Bout-de-l’Isle, prise avec un problème de débarcadère, bénéficiera d’une zone de débarquement et d’un tout nouveau parc-école de 0,8 hectare.

Le défi est grand pour la Ville, le secteur d’intervention contenant une forte présence de végétation. Il est toutefois dans leur intérêt de conserver le patrimoine naturel et de construire un véritable «écoterritoire», un terme qui est revenu à plusieurs reprises lundi soir.

Étude de circulation demandée

Ils étaient près d’une centaine à prendre le micro lundi soir, devant le directeur général de Sainte-Anne-de-Bellevue, Martin Bonhomme, qui répondait aux questions de la population. Ashkan Matlabi, urbaniste et inspecteur en bâtiment, Marc-André LeChasseur, qui pratique le droit municipal et le droit immobilier, ainsi que deux représentants de la firme APUR, une entreprise d’études urbanistiques, étaient à ses côtés. Quant au maire Deroo, il se trouvait en arrière du gymnase, jusqu’à ce que les citoyens réclament sa présence à la table, un peu plus tard dans la soirée.

Le citoyen Tom Broard a ouvert la période de questions. Il a demandé à ce qu’une étude de circulation «sérieuse et indépendante» soit faite. «Si l’ont construit 1600 maisons et commerces, ce PPU représente 2900 voitures de plus dans Sainte-Anne et nous avons confirmé avec le ministère des Transports qu’aucune nouvelle sortie est prévue pour l’autoroute 40 dans notre région», a dit Tom Broad.

Martin Bonhomme s’est empressé de répondre à sa demande, disant qu’une étude sera faite, mais qu’«il y a des municipalités qui prévoient faire l’étude [de circulation] avant, nous on préfère faire l’étude après [l’adoption du PPU]». La réplique du directeur général de la Ville a suscité une pluie de rires et d’applaudissements.

Quant à Rachel Landry, une maman de deux enfants, elle critique le manque de rigueur et de transparence des élus municipaux. Adepte de vélo et de randonnée, elle ne veut pas perde les sentiers proches de chez elle. «C’est fantastique que dans cette communauté-ci, je puisse quitter ma maison et partir à vélo. Ce serait ma peine.» Aussi, la construction du parc-école à l’école du Bout-de-l’Isle est un sujet qui l’a titille. «Ce qui m’inquiète, c’est que ceux qui vont vouloir prendre l’autobus rapidement, pour ne pas le manquer, vont se stationner dans les trente places de stationnement, ajoute Rachel Landry. Tout ce secteur-là me rend très nerveuse.

Tension palpable

La conseillère municipale Paola Hawa, qui s’est toujours opposée au PPU, a aussi pris la parole. Lors de son allocution, la tension est vite montée avec Martin Bonhomme lorsqu’elle a mentionné le contenu d’une résolution – adoptée le 10 avril dernier – de cession de terrain dans le secteur nord de la ville au Groupe Grili. «M. Bonhomme, en échange de la cession des terrains, est-ce que vous avez promis de passer ce PPU, d’approuver ce PPU? Oui ou non?», a-t-elle martelé, entre les applaudissements des citoyens présents dans la salle.

Paola Hawa ne pense pas que la consultation publique va changer la donne. «Je pense vraiment qu’on devrait évoluer dans une approche vis-à-vis les citoyens, vis-à-vis un système où les citoyens ont une voix et qu’on va les écouter, partage la conseillère. Ce vieux système, cette vieille façon de faire, c’est une quasi-dictature de “Big Brother knows best“. Il faut écouter les citoyens. On est là pour les représenter.»

La densité au cœur du problème

À 23h40, après cinq heures de questions et recommandations, le maire Francis Deroo affiche bonne mine. Il a tenu à rappeler que tous les commentaires ont été pris en note et qu’ils seront étudiés de près. «Comme je disais ce soir aux citoyens, le but c’est de développer Sainte-Anne pour les citoyens. Ce n’est pas le PPU du maire Deero, c’est le PPU de Sainte-Anne, qui représente les citoyens.»

Un avis qui est partagé par son bras droit, Martin Bonhomme. Celui-ci dit avoir mis la main sur le vrai enjeu: la densité. «Je crois qu’on devra se pencher sur la densité, je crois que c’est un point qui est revenu assez souvent dans les discussions, comme quoi la densité de 30 logements par hectares n’est pas favorable», a-t-il indiqué.

Le conseil municipal de Sainte-Anne-de-Bellevue se rencontrera dans les prochains jours pour discuter des commentaires reçus lors de cette consultation publique.

Source: Cités Nouvelles